Par Nicolas Moinet, Professeur en sciences de l’information et de la communication à l’IAE de Poitiers

Mardi 26 novembre 2013
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Longtemps assimilée à la guerre économique et au milieu du renseignement, l’intelligence économique s’est largement répandue dans les entreprises en y développant ses activités propres. Ainsi, la critique du cycle du renseignement, outil fondamental du renseignement militaire, est nécessaire pour rendre l’IE pertinente dans le monde de l’entreprise. Il s’agit de passer du paradigme du « savoir pour agir » à celui de « connaître est agir ». La recherche de l’information ne doit être qu’une étape préalable à sa transformation en connaissance. Ainsi, la performance d’une organisation dépend de la maîtrise du processus de transformation de l’information en connaissance. Cet exercice est complexe et sujet à plusieurs biais cognitifs qui viennent brouiller la capture des signaux dans l’environnement : la force de l’habitude, la conformité aux attentes, la trop grande attention accordée à son industrie ou à son secteur sans prêter attention à ce qui se passe ailleurs,etc. Une démarche ‘intelligente’ d’IE passe alors par quatre phases : l’observation de l’environnement, l’orientation de l’attention des managers (la compréhension de la situation en fonction de la culture des individus chargés de l’IE) , la décision et enfin l’action. Dans cette boucle, le retour sur expérience est déterminant car il permet d’apprendre des éventuelles erreurs.

Les résultats de l’enquête de Franck Bournois et de Pierre–Jacquelin Romani auprès de 1200 entreprises françaises1 nous apportent des informations précieuses sur le rapport qu’entretiennent les entreprises avec l’IE. A l’époque de l’étude, il semble que la barre des 1000 salariés soit le seuil en dessous duquel les entreprises se sentent peu avancées en matière d’IE. La France se caractérisait par une faible culture réseau, ce qui nuit à la démarche d’IE. On constate un changement progressif des mentalités depuis 2003 et le développement d’une politique publique d’IE. Ceci a eu pour effet de formaliser et développer la dynamique IE au sein des entreprises, et plus particulièrement au sein des grands groupes. De plus en plus, les services d’intelligence économique se retrouvent rattachés au plus haut niveau dans l’entreprise.

On peut toutefois distinguer trois types d’organisation de l’IE, sans pour autant identifier un type idéal ou même un ordre d’apparition :

La ‘Dynamique intégrée’, où une entité fonctionnelle ou un style de management répandu permet à l’ensemble de l’entreprise de bénéficier d’une réelle dynamique IE.

Les ‘Pratiques isolées’, où certains des quatre piliers de l’IE (veille, management des connaissances, sécurité et l’influence) sont développés à des degrès divers. La culture de l’entreprise n’intègre pas l’IE

Les ‘Fonctions disséminées’, qui représentent la majorité des entreprises françaises, et où la fonction de veille est apparue la première, faisant émerger une dimension stratégique et prospective à l’IE. A la différence du type ‘Pratiques isolées’, le type ‘Fonctions disséminées’ s’inscrit dans une culture organisationnelle favorable dans la durée.

A la suite de la présentation, la discussion s’est orientée autour de l’existence ou non des signaux faibles et de la pertinence de l’utilisation de ce terme. L’importance que revêt la communication au sein des organisations a été soulignée, élément indispensable à la formulation des signaux en messages clairs et concis pour le management.